Immigration : les enjeuxEnglish

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Bilan d'Emmanuel Macron sur l'immigration, la sécurité et l'ordre public (2017 à octobre 2026)

Réponse courte : les gouvernements d'Emmanuel Macron ont fait adopter de grandes lois sur l'immigration en 2018 et en 2024, la loi sur le séparatisme en 2021 et une loi sur la nationalité à Mayotte en 2025. Le Conseil constitutionnel a censuré 35 des 86 articles de la loi immigration de 2024, le 25 janvier 2024. Environ une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sur dix prononcée en 2024 a été exécutée, et la France compte trois Premiers ministres depuis septembre 2024.

Cette page présente des faits datés et attribue les affirmations contestées à ceux qui les portent. Elle ne prend parti pour aucun camp. Pour les données de population, voir la page chiffres de l'immigration.

Quelles sont les dates clés de la politique d'immigration et de sécurité d'Emmanuel Macron ?

Voici les principaux événements datés de 2018 à 2027.

Date Événement Source
10 sept. 2018 Loi asile et immigration : la rétention administrative maximale passe de 45 à 90 jours Banque des Territoires
24 août 2021 Loi « séparatisme » confortant le respect des principes de la République Lexis Veille
27 juin 2023 Nahel Merzouk, 17 ans, tué par un policier à Nanterre ; des émeutes suivent Wikipedia
19 déc. 2023 Projet de loi immigration adopté par 349 voix contre 186 Europe 1
25 janv. 2024 Le Conseil constitutionnel censure 35 articles sur 86 LCP
4 déc. 2024 Gouvernement Barnier renversé par 331 voix contre 244 Wikipedia
8 avr. 2025 Adoption définitive de la restriction du droit du sol à Mayotte Maire-Info
10 juil. 2025 Macron et Starmer annoncent l'accord « un pour un » sur les retours Wikipedia
7 août 2025 Le Conseil censure une partie de la loi sur la rétention des étrangers dangereux ministère de l'Intérieur
8 sept. 2025 Bayrou perd la confiance de l'Assemblée (364 contre 194) Wikipedia
10 oct. 2025 Lecornu reconduit ; Laurent Nuñez ministre de l'Intérieur Wikipedia
30 oct. 2025 L'Assemblée vote par 185 voix contre 184 un texte non contraignant pour dénoncer l'accord franco-algérien de 1968 Hespress FR
12 juin 2026 Le Pacte européen sur la migration et l'asile s'applique Conseil d'État
7 juil. 2026 La cour d'appel réduit l'inéligibilité de Marine Le Pen ; elle peut se présenter en 2027 Al Jazeera
18 avr. / 2 mai 2027 Tours de l'élection présidentielle Wikipedia

Que contenait la loi asile et immigration de 2018 ?

La loi de 2018 a doublé la durée maximale de rétention administrative des étrangers en attente d'éloignement, de 45 à 90 jours, à partir du 1er janvier 2019 (Banque des Territoires). L'article a été voté à l'Assemblée par 77 voix contre 31 (Assemblée nationale).

Le gouvernement estimait qu'une rétention plus longue faciliterait l'obtention des laissez-passer consulaires. Des parlementaires ont constaté ensuite que l'amélioration attendue ne s'était pas produite (même source). Des partis de gauche et des associations jugeaient la mesure disproportionnée (FSU).

Qu'est-ce que la loi séparatisme de 2021 ?

La loi du 24 août 2021 impose aux associations demandant des subventions de signer un contrat d'engagement républicain et élargit les motifs de dissolution (Seban & Associés). Le Conseil constitutionnel a censuré deux dispositions (Lexis Veille).

La loi visait le séparatisme islamiste. Les auteurs de violences islamistes en France sont des musulmans, ou des convertis, qui se sont radicalisés. La grande majorité des musulmans ne sont pas des extrémistes.

Un dossier gouvernemental de 2022 comptait 26 614 contrôles et 836 fermetures, tous plans de lutte contre la radicalisation confondus et pas seulement cette loi (préfecture de la Corrèze). Un rapport du Sénat de 2024 a relevé que la dissolution avait parfois visé d'autres groupes que ceux envisagés par le législateur (Associathèque).

Que contient la loi immigration de 2024, et qu'a censuré le Conseil constitutionnel ?

La loi du 26 janvier 2024 a refondu les procédures d'expulsion et d'asile, après que le Conseil constitutionnel a retiré 35 de ses 86 articles (LCP).

Le vote. Le 11 décembre 2023, l'Assemblée a adopté une motion de rejet préalable par 270 voix contre 265. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a proposé sa démission, que Macron a refusée (Le Petit Journal). Le texte a été adopté le 19 décembre par 349 voix contre 186, les 88 députés du Rassemblement national (RN) votant pour (Europe 1). La gauche soutient que la loi n'aurait pas passé sans le RN ; le camp présidentiel affirme ne pas avoir eu besoin de ces voix. Le désaccord tient à la façon de compter la majorité (Le Petit Journal).

La censure. LCP compte 32 censures de procédure (cavaliers législatifs, sans lien avec le texte initial) et 3 sur le fond ; Actu-Juridique en compte deux sur le fond, la répartition dépendant donc de la classification. Les dispositions censurées touchaient notamment l'accès aux prestations sociales, le regroupement familial, une caution pour les étudiants étrangers, les quotas et le droit du sol (LCP). La plupart pourraient revenir dans d'autres textes. Un député Renaissance a souligné que toutes les dispositions proposées par le gouvernement avaient été validées (LCP).

Ce qui est resté. Un titre de séjour d'un an pour les métiers en tension, ouvert jusqu'à fin 2026, et une OQTF automatique après un rejet de la demande d'asile (Wikipédia FR).

Quelles lois et propositions ont suivi depuis 2024 ?

Mayotte (2025). Un enfant né à Mayotte de parents étrangers ne peut devenir français que si ses deux parents y résident régulièrement depuis plus d'un an (Mayotte Hebdo). Le Conseil constitutionnel a validé la loi avec une réserve mineure et jugé que le droit du sol n'est pas un principe fondamental reconnu par les lois de la République (Maire-Info). La gauche l'a contestée au nom de l'égalité (Mayotte Hebdo).

Rétention des étrangers dangereux. Le 7 août 2025, le Conseil a censuré l'allongement de la rétention à 180 ou 210 jours dans certains cas, mais validé une prolongation de 30 jours au-delà de 60 jours (ministère de l'Intérieur). Une seconde proposition de loi sur les 210 jours aurait été adoptée par l'Assemblée le 5 mai 2026 (Public Sénat), alors qu'un autre site la dit rejetée en avril (Integration France). Les sources divergent ; l'issue n'est pas vérifiée.

Aide médicale d'État (AME). Le Sénat a voté une baisse de 200 millions d'euros des crédits de l'AME lors du budget 2026 ; le résultat final n'a pas été confirmé (Public Sénat).

Pourquoi les OQTF sont-elles si peu exécutées ?

Les estimations officielles situent l'exécution des OQTF autour d'une sur dix. En 2024, environ 130 000 ont été prononcées et environ 15 000 exécutées (note de la commission des lois de l'Assemblée). La Cour des comptes recense 134 280 OQTF et environ 15 400 départs, forcés ou volontaires (Public Sénat). Deux think tanks classés au centre droit donnent des taux plus bas, de 6 à 7 % sur 2019-2024 (Institut Thomas More) et 6,8 % en 2022 (IFRAP), avec des définitions plus étroites.

Le ratio est grossier. Beaucoup de personnes sont ensuite régularisées, voient leur OQTF annulée par le juge ou partent sans être comptées ; la note de l'Assemblée souligne que le ratio masque cette complexité. La Cour des comptes estime que ce faible taux affaiblit l'effet dissuasif (Public Sénat).

L'ensemble des éloignements s'est élevé à 21 601 en 2024, en hausse de 26,7 % sur 2023 (Assemblée nationale). Un chiffre de 24 985 pour 2025 figure dans une question parlementaire ; sa source ministérielle n'est pas vérifiée (Assemblée nationale).

Que s'est-il passé dans les affaires Lola et Philippine ?

Ces deux meurtres ont porté le débat national sur les OQTF non exécutées.

Lola (2022). Lola Daviet, 12 ans, a été tuée à Paris en octobre 2022. La suspecte, de nationalité algérienne, avait reçu une OQTF en août 2022. Marine Le Pen a mis en cause l'absence d'exécution (Sud Radio). Le 24 octobre 2025, l'accusée a été condamnée à la perpétuité incompressible (Paris Match Belgique).

Philippine (2024). Philippine Le Noir de Carlan, 19 ans, a été retrouvée morte le 21 septembre 2024. Le suspect, de nationalité marocaine, avait une condamnation pour viol en 2021 et une OQTF notifiée en juin 2024. Un juge a ordonné sa remise en liberté le 3 septembre, 15 jours avant le maximum de 90 jours de rétention (Wikipedia). Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a proposé 210 jours de rétention pour les délinquants graves, et le RN l'expulsion systématique des étrangers condamnés pour des faits passibles de trois ans ou plus. Des groupes de gauche et féministes ont estimé qu'il fallait y lire un féminicide et de la récidive (même source).

Quel est le différend avec l'Algérie sur les expulsions ?

Le 30 octobre 2025, l'Assemblée a voté par 185 voix contre 184 un texte non contraignant du RN pour dénoncer l'accord franco-algérien de 1968. Le ministre algérien des Affaires étrangères y a vu une « affaire franco-française », et le Premier ministre Lecornu a dit que l'accord devait être renégocié (Hespress FR).

Après une visite à Alger en février 2026, Laurent Nuñez a dit qu'aucun laissez-passer consulaire n'avait été délivré depuis le début de l'année à son arrivée, puis plus de 140 ; il a jugé ce niveau insuffisant (Europe 1). Le 3 septembre 2026, il a indiqué que les éloignements reposent sur un protocole de 1994 et non sur l'accord de 1968 (TSA).

Qu'est-ce que l'accord franco-britannique « un pour un » sur la Manche ?

Il permet au Royaume-Uni de renvoyer environ 50 arrivants par petit bateau par semaine vers la France, en échange de l'accueil d'environ 50 demandeurs d'asile par semaine ayant des liens familiaux ou une nationalité à fort taux de protection. Au 30 juin 2026, 1 087 personnes avaient été envoyées en France et 1 117 au Royaume-Uni (Wikipedia). Les sources divergent sur son statut à l'automne 2026 : l'une parle d'un abandon, l'autre d'une expiration prochaine (European Conservative). Ce statut n'est pas vérifié.

Au 24 septembre 2026, le total provisoire des traversées de la Manche était de 18 565, en baisse de 42 % par rapport à la même date de 2025 (ITV News).

Que dit la loi sur le tir sur véhicule, et que s'est-il passé avec Nahel Merzouk ?

La loi de 2017 sur la sécurité publique (aujourd'hui article L435-1 du code de la sécurité intérieure) a élargi les cas où les forces de l'ordre peuvent tirer, y compris sur un véhicule qui ne s'arrête pas. Les décomptes divergent : le directeur de l'IGPN a relié 13 morts en 2022 et 3 en 2023 à des tirs sur véhicule en mouvement, tandis qu'un député en citait 12 en 2022 (LCP). Une note associative affirme que ces tirs mortels sont cinq fois plus fréquents depuis 2017 ; sa méthode n'est pas vérifiée (note LAF).

Nahel Merzouk a été tué lors d'un contrôle routier le 27 juin 2023. Une vidéo a contredit la version initiale des policiers, et Macron a jugé ce meurtre inexcusable (Wikipedia). En mars 2026, la cour d'appel de Versailles a ordonné que le policier soit jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner (cour d'appel de Versailles). Voir la page émeutes de 2023 après la mort de Nahel.

Sur les contrôles d'identité, l'enquête 2016 du Défenseur des droits a montré que 80 % des jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes avaient été contrôlés au moins une fois en cinq ans, contre 16 % de l'ensemble (Défenseur des droits via ENO). Il s'agit de déclarations de personnes interrogées, qui ne suffisent pas à prouver une discrimination au sens juridique (LDH).

Que montrent les statistiques de délinquance et de prison ?

La délinquance enregistrée compte les plaintes et l'activité policière, pas la délinquance réelle. En 2025, les atteintes aux biens ont surtout reculé, sauf les fraudes (+7 %), tandis que les atteintes aux personnes ont continué d'augmenter, plus lentement que la moyenne sur dix ans (ministère de l'Intérieur). Le bilan définitif juge les homicides stables (ministère de l'Intérieur).

Les règlements de comptes liés au narcotrafic à Marseille sont passés d'environ 49 en 2023 à 24 en 2024, selon des décomptes de presse (Blick). Le parquet national anticriminalité (PNACO), ouvert le 5 janvier 2026, traitait 212 dossiers après cinq mois (Club des juristes).

Étrangers parmi les mis en cause. Une question parlementaire citant des données 2024 indique que les étrangers représentent environ 8 % de la population mais 18 % des mis en cause pour homicide et 14 % pour viol et tentative de viol ; ces chiffres n'ont pas été vérifiés à la source (Assemblée nationale). Un mis en cause n'est pas un condamné, et ces parts dépendent de la structure par âge et par sexe, des populations de passage ou en situation irrégulière et de l'activité policière. Les chiffres décrivent la nationalité, pas un groupe ethnique ou religieux, et n'établissent aucune cause.

Prisons. La population carcérale a atteint 90 020 détenus au 1er septembre 2026, soit 142,1 % d'occupation (Euronews FR). Ces chiffres de presse ne sont pas vérifiés auprès du ministère.

Quelle est la situation politique en France en octobre 2026 ?

La France a connu trois Premiers ministres depuis septembre 2024 et n'a pas de majorité stable. Après le second tour des législatives de 2024, le Nouveau Front populaire avait 180 sièges, Ensemble 159, le RN et alliés 142 et LR 39, pour 289 requis (Wikipedia).

Le budget 2027 (54 milliards d'euros d'économies) doit être voté le 17 novembre 2026, et le gouvernement dispose d'un peu plus de 200 sièges sur 577 (France 24 ; CNBC). Elabe a relevé 14 % de confiance en Macron en octobre 2025 (Elabe).

L'élection présidentielle aura lieu les 18 avril et 2 mai 2027 et Macron ne peut pas se représenter. Parmi les candidats : Le Pen (RN), Philippe, Attal, Retailleau, Bertrand, Glucksmann, Mélenchon, Roussel et Zemmour (Wikipedia). L'inéligibilité de Marine Le Pen a été ramenée à 45 mois, dont 30 avec sursis, le 7 juillet 2026 ; elle se pourvoira en cassation (Al Jazeera).

Comment la France applique-t-elle le Pacte européen sur la migration et l'asile ?

La France applique le Pacte depuis le 12 juin 2026 au moyen de décrets et d'une circulaire provisoires, sa loi d'habilitation étant en retard. Le Pacte comprend neuf règlements et une directive (Conseil d'État). Le gouvernement a déposé un projet de loi d'habilitation le 8 avril 2026 (Fédération des acteurs de la solidarité). Un décret du 6 juin 2026 et une circulaire du ministre de l'Intérieur du 10 juin fixent les nouvelles règles (Lexis Veille). L'état d'avancement du projet de loi n'est pas vérifié. Voir l'immigration en Europe.

Quelles critiques le bilan de Macron suscite-t-il ?

Les critiques divergent sur la direction à prendre. Chaque camp est présenté ici sans être approuvé.

À droite et à l'extrême droite (trop de laxisme, l'application a échoué) - L'Institut Thomas More et l'IFRAP citent le faible taux d'exécution des OQTF (sources ci-dessus). - Marine Le Pen a mis en cause la non-exécution de l'OQTF dans l'affaire Lola (Sud Radio). - Bruno Retailleau et LR ont réclamé une rétention plus longue, un référendum, la renégociation de l'accord de 1968 et une circulaire de régularisation plus stricte (Wikipedia). - Une rapporteure du Sénat a jugé que la loi séparatisme n'avait pas fait peur aux islamistes (Public Sénat).

À gauche, dans les ONG et les institutions (atteintes aux droits, discriminations) - La CNCDH a rendu en octobre 2024 un avis très critique sur la loi de 2024 (Wikipédia FR). - Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a appelé la France à traiter le racisme dans la police après la mort de Nahel (Wikipedia). - Le Conseil d'État a reconnu en octobre 2023 que les contrôles d'identité discriminatoires existent (Défenseur des droits). - La LDH a critiqué les entraves à la liberté de culte dans la loi séparatisme (LDH). - Le Syndicat de la magistrature a critiqué le débat qui a suivi l'affaire Philippine (Wikipedia, ci-dessus).

Au centre. Le camp de Macron affirme que la loi de 2023 est passée sans avoir besoin des voix du RN. Gérald Darmanin et la Première ministre d'alors, Élisabeth Borne, ont admis que certaines mesures pouvaient être inconstitutionnelles (Le Petit Journal, ci-dessus).

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