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Projections démographiques de la France en 2026 : immigrés, descendants et horizon 2050
Le scénario central de l'Insee donne 68,1 millions d'habitants au 1er janvier 2070, contre 67,4 millions en 2021 (Insee). Le Pew Research Center a projeté une part de musulmans de 12,7 % en 2050 sans migration et d'environ 17,4 % avec une migration moyenne (Pew). Dans le modèle illustratif de cette page, les immigrés et leurs descendants de deuxième génération atteignent 30,8 % de la population en 2050 et 36,1 % en 2070 dans le cas central ; il s'agit d'un calcul, et non d'une prévision officielle.
Aucun organisme officiel ne publie de projection de la part de la population d'origine immigrée en France. Cette page présente les projections officielles, la projection publiée selon la religion, puis un modèle illustratif transparent. Elle résume aussi le débat sur le « Grand Remplacement », avec les chiffres avancés par chaque camp. Pour les données actuelles, voir les chiffres de l'immigration.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Année | Source |
|---|---|---|---|
| Projection centrale de l'Insee, population totale | 68,1 millions | 2070 | Insee |
| Hypothèses de l'Insee | fécondité 1,80 ; solde migratoire +70 000 par an | 2021–2070 | Insee |
| Fécondité et solde migratoire observés | 1,56 enfant par femme ; +176 000 | 2025 | Insee |
| Pew, part des musulmans, sans migration | 12,7 % (8,6 millions) | 2050 | Pew |
| Le Bras, immigrés y compris descendants | 19 %–32 % | 2050 | Connexion |
| Modèle illustratif, immigrés + descendants (bas / central / haut) | 28,3 % / 30,8 % / 33,7 % | 2050 | Section ci-dessous |
| Modèle illustratif, immigrés + descendants (bas / central / haut) | 31,7 % / 36,1 % / 41,2 % | 2070 | Section ci-dessous |
Définitions : immigré, étranger, descendant d'immigrés
- Immigré : personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. Les immigrés naturalisés restent comptés comme immigrés.
- Étranger : personne sans nationalité française.
- Descendant d'immigrés (2e génération) : personne née en France avec au moins un parent immigré.
Beaucoup de descendants ont un parent né en France et sont de nationalité française. En 2024, 55 % des descendants de deuxième génération n'avaient qu'un seul parent immigré, et 34 % des immigrés avaient la nationalité française (Insee). Toute projection commence donc par un choix de définition, ce qui explique les écarts entre les sources.
Que disent les projections officielles sur la population de la France ?
Le scénario central de l'Insee, publié en novembre 2021, projette 68,1 millions d'habitants au 1er janvier 2070, avec un maximum proche de 69,3 millions en 2044. Les décès dépassent les naissances à partir de 2035 (Insee ; synthèse de l'Ined). L'exercice précédent, en 2016, donnait 76,5 millions pour 2070.
Les hypothèses de l'Insee étaient un indicateur conjoncturel de fécondité de 1,80 (révisé à la baisse depuis 1,95) et un solde migratoire maintenu à +70 000 par an en raison de la forte incertitude (note de l'Insee en anglais). Les valeurs observées s'en sont écartées dans les deux cas : la fécondité était de 1,56 en 2025, en dessous de 1,80, et le solde migratoire est estimé à +176 000, au-dessus de +70 000 (Insee). La projection publiée de l'Insee ne donne pas de part d'origine immigrée pour 2070.
Eurostat propose avec EUROPOP2023 un scénario de référence et cinq tests de sensibilité, dont un solde migratoire nul sur 2023–2100. Eurostat les présente comme des scénarios « et si », et non comme des prévisions. Dans l'UE, la population baisse de 157 millions sur 2025–2100, la migration en ajoutant environ 104 millions. Pour la France, les variations sont qualifiées de modestes (Eurostat).
Quelle sera la part des musulmans en France en 2050 ?
Le rapport 2017 du Pew projetait une part de musulmans de 12,7 % (8,6 millions de personnes) en France en 2050 sans aucune migration future, contre 8,8 % (5,7 millions) en 2016 (Pew).
| Scénario Pew pour la France, 2050 | Part des musulmans | Hypothèse |
|---|---|---|
| Migration nulle | 12,7 % | Aucune nouvelle migration ; croissance liée à la structure par âge et à la fécondité actuelles |
| Migration moyenne | environ 17,4 % | Plus de réfugiés, migration régulière maintenue |
| Migration élevée | environ 18 % | Les flux record de réfugiés de 2014–2016 se poursuivent indéfiniment |
Les valeurs moyenne et élevée pour la France proviennent de sources secondaires, et non du tableau de Pew lui-même : elles sont donc approximatives (Maldita.es ; Le360). Pew a supposé qu'en Europe les femmes musulmanes ont environ 2,6 enfants, contre 1,6 pour les non-musulmanes. Pour l'Europe entière, le scénario moyen de Pew donne 11,2 % et le scénario élevé plus de 14 % (Pew). Des vérificateurs de faits ont relevé que même le chiffre le plus élevé de Pew pour la France reste très inférieur à 50 % (Maldita.es).
La France n'a pas de données de recensement sur la religion, et une projection par religion repose sur des points de départ issus d'enquêtes. Les estimations actuelles figurent sur la page des chiffres de l'immigration.
Quelle sera la part des immigrés et de leurs descendants en 2050, 2070 et 2100 ?
Dans le cas central du modèle illustratif ci-dessous, les immigrés et les descendants de deuxième génération représentent 30,8 % de la population en 2050, 36,1 % en 2070 et 43,1 % en 2100.
MODÈLE ILLUSTRATIF, pas une prévision et pas un chiffre officiel. Il s'agit d'un modèle de stocks et de flux à pas annuel, à trois groupes, construit pour la recherche de ce site avec les hypothèses ci-dessous. Il utilise des taux bruts, ignore la structure par âge à l'intérieur des groupes et l'émigration des personnes nées en France. Il compte comme « d'origine immigrée » uniquement les immigrés et les descendants de deuxième génération ; la troisième génération est comptée dans le groupe résiduel, ce qui sous-estime l'origine au sens large. Tout résultat au-delà de 2050 environ est un exercice de sensibilité. Toutes les données d'entrée figurent dans les tableaux.
Point de départ (2025)
| Groupe | Effectif | Part | Source / méthode |
|---|---|---|---|
| Population totale | 68,85 millions | 100 % | Insee, série longue |
| Immigrés (I) | 7,97 millions | 11,6 % | Insee, série longue |
| Descendants, 2e génération (D) | 8,0 millions | 11,6 % | Insee 2024, maintenu pour 2025 |
| Tous les autres (N) | 52,88 millions | 76,8 % | résidu |
| Immigrés + descendants (I+D) | 15,97 millions | 23,2 % | somme |
Hypothèses
| Paramètre | Valeur | Fondement |
|---|---|---|
| Solde migratoire, entièrement ajouté au groupe I | Bas 70 000 / Central 150 000 / Haut 250 000 par an | Le bas reprend l'hypothèse centrale de l'Insee (Insee) ; le central se situe entre celle-ci et les +176 000 de 2025 (Insee) ; le haut est un cas de stress |
| Taux de natalité des immigrés, convergence vers | Bas 12,0 / Central 13,0 / Haut 14,5 pour 1 000 en 2040 | Reflète un écart de fécondité (2,3 contre 1,7) qui se réduit avec le vieillissement des arrivants (Insee) |
| Taux de natalité des descendants | converge vers celui du groupe N en 40 ans | Descendance finale de la 2e génération : 1,90 contre 1,86 (Insee) |
| Effet du vieillissement sur la natalité de N et D | –0,4 % par an, plafonné à 20 % | Calibrage pour que le cas bas donne 65,4 millions en 2070 |
| Naissances mixtes | Un enfant compte comme D si la mère est I ou si le père est immigré ; 14 % des naissances de mères non I en 2025 | En 2018, 31 % des naissances avaient au moins un parent né à l'étranger (Insee) |
| Naturalisation | sans effet | Définition de l'Insee : un immigré reste immigré |
| Niveau global de fécondité | maintenu à son niveau de 2025 (1,56) | Insee |
Les taux de natalité et de mortalité ont été calibrés pour que le modèle reproduise environ 643 000 naissances (réel : 645 000) et environ 646 000 décès (réel : 651 000) en 2025 (Insee). La part des naissances de mères immigrées (environ 21 %) est une hypothèse du modèle, et non un chiffre publié ; elle n'est pas vérifiée.
Chaque année : I(t+1) = I + solde migratoire – décès de I. D(t+1) = D + naissances de mères I + naissances mixtes – décès de D. N(t+1) = N + autres naissances – décès de N.
Résultats : part de la population totale
| Année | Scénario | Population totale | Immigrés (I) | Immigrés + descendants (I+D) |
|---|---|---|---|---|
| 2030 | Bas (70 000 par an) | 69,1 M | 11,5 % | 24,4 % |
| 2030 | Central (150 000) | 69,5 M | 12,0 % | 24,8 % |
| 2030 | Haut (250 000) | 70,0 M | 12,7 % | 25,4 % |
| 2050 | Bas | 68,4 M | 11,6 % | 28,3 % |
| 2050 | Central | 70,7 M | 13,8 % | 30,8 % |
| 2050 | Haut | 73,5 M | 16,3 % | 33,7 % |
| 2070 | Bas | 65,4 M | 11,9 % | 31,7 % |
| 2070 | Central | 69,6 M | 15,4 % | 36,1 % |
| 2070 | Haut | 75,1 M | 19,2 % | 41,2 % |
| 2100 | Bas | 59,9 M | 12,7 % | 35,8 % |
| 2100 | Central | 67,0 M | 17,7 % | 43,1 % |
| 2100 | Haut | 76,4 M | 22,5 % | 50,6 % |
| Référence : solde migratoire nul | 2050 : 66,6 M ; 2100 : 54,3 M | 9,6 % (2050) ; 7,1 % (2100) | 26,2 % (2050) ; 28,2 % (2100) |
La ligne à migration nulle utilise les hypothèses de fécondité du cas bas. La part des immigrés et descendants passe de 23,2 % à environ 26–28 % même sans aucune arrivée, parce que la deuxième génération actuelle est jeune et que le reste de la population vieillit.
Les immigrés deviendront-ils majoritaires en France ?
Dans ce modèle illustratif, les immigrés seuls ne s'approchent de 50 % dans aucun scénario (maximum de 22,5 % en 2100), et les immigrés plus les descendants restent sous 50 % dans les scénarios bas et central jusqu'en 2100. Seul le scénario haut franchit ce seuil, vers 2098 (50,6 % en 2100). C'est un résultat des hypothèses retenues, et non une prévision.
- Immigrés seuls (I) : pour atteindre 50 % en 2100, le modèle exige un solde migratoire d'environ 2,2 millions par an, soit environ douze fois le niveau de 2025.
- Immigrés plus descendants (I+D) : le solde migratoire qui donne exactement 50 % en 2100 est d'environ 240 000 par an dans ce modèle. Le scénario haut (250 000 par an pendant 75 ans, avec une natalité plus forte) se situe presque exactement sur cette ligne.
- Tests de stress : 500 000 par an donnent 39,7 % en 2050, 50,4 % en 2070 et 62,2 % en 2100. Un million par an donne 49,0 % en 2050. Ces niveaux sont très éloignés de toute hypothèse historique ou officielle.
- Sensibilité à la fécondité : une variation de 15 % de la fécondité globale modifie la part I+D de 2100 de moins d'un point (cas haut : 50,1 % au lieu de 50,6 %), mais change la population totale de 5 à 6 millions. Dans le modèle, la migration pèse davantage que la fécondité sur la part d'origine.
La question de la « majorité » dépend aussi de la définition. Ne compter que la nationalité française donnerait un résultat très différent du comptage par origine, car beaucoup de descendants sont français.
Qu'est-ce qui changerait ces résultats ?
- Le solde migratoire : le facteur le plus important. L'hypothèse de +70 000 de l'Insee est déjà inférieure aux +176 000 estimés pour 2025.
- La fécondité : l'Insee supposait 1,80, et l'on a observé 1,56 en 2025.
- La définition : compter la troisième génération comme d'origine immigrée, comme le fait Michèle Tribalat, ajouterait plusieurs points à chaque ligne. Son chiffre sur trois générations pour les moins de 60 ans est proche de 30 %, contre 24 % sur deux générations avec les mêmes données (Espace Populations Sociétés). Ce chiffre a été lu dans un résumé et n'est pas vérifié dans l'article.
- Les unions mixtes : 66 % des descendants de deuxième génération vivent avec un conjoint sans ascendance migratoire (Insee Première 1910) ; la manière de classer leurs enfants déplace tous les résultats.
Comment le modèle se compare-t-il aux autres sources ?
| Source | Mesure | Résultat | Comparable ? |
|---|---|---|---|
| Ce modèle, cas central | Immigrés + descendants, 2050 | 30,8 % | Définition différente de celle de Pew |
| Le Bras (Connexion) | Immigrés y compris descendants, 2050 / 2100 | 19 %–32 % / 22,5 %–42 % | Le plus proche ; la fourchette du modèle pour 2050 (28,3 %–33,7 %) est dans la moitié haute de la sienne ; celle de 2100 (35,8 %–50,6 %) la recoupe puis la dépasse |
| Pew 2017 (Pew) | Musulmans, 2050 | 12,7 % migration nulle / environ 17,4 % moyenne / environ 18 % élevée | Religion, et non origine |
Le modèle se situe en haut de la fourchette de Le Bras pour 2050, parce qu'il compte comme descendant tout enfant d'un père ou d'une mère immigrés, et parce que les arrivées y dépassent les +70 000 de l'Insee.
Qu'est-ce que le « Grand Remplacement » et que disent les démographes ?
L'expression « Grand Remplacement » vient de l'écrivain Renaud Camus, vers 2010. L'idée de « migrations de remplacement » est apparue plus tôt, dans un rapport de l'ONU de 2000 sur le vieillissement des populations (Hérodote). L'affirmation comporte un volet quantitatif (chiffres et fécondité) et un volet qualitatif (changement culturel). Les démographes traitent les deux séparément. Les positions ci-dessous sont résumées telles que leurs auteurs les exposent.
Position sceptique (François Héran, Hervé Le Bras)
- François Héran, titulaire de la chaire Migrations et sociétés du Collège de France de 2017 à 2025, estime que le débat public surestime les flux et que l'action publique doit s'appuyer sur des données mesurées (Collège de France).
- Hervé Le Bras, dans Il n'y a pas de grand remplacement (2022), soutient que la thèse ne tient pas car les immigrés représentent environ 10 % de la population, beaucoup sont naturalisés et les enfants d'unions mixtes sont français. Dans ses scénarios, les Français restent majoritaires (Slate). Il projette les immigrés y compris descendants à 19 %–32 % de la population en 2050 et 22,5 %–42 % en 2100 selon la définition, et juge 19 % raisonnable pour 2050. Ses hypothèses incluent environ un enfant de plus pour les immigrées et environ 170 000 arrivées contre 120 000 départs de personnes nées en France par an (Connexion).
- Chiffres invoqués : immigrés 11,6 % et descendants 12 % ; 34 % des immigrés sont français (Insee) ; descendance finale de 1,90 pour la deuxième génération (Insee Première 1939) ; 66 % des descendants de deuxième génération vivent avec un conjoint sans ascendance migratoire (Insee Première 1910).
Position critique (Michèle Tribalat, Observatoire de l'immigration et de la démographie, Jean-Paul Gourévitch)
- Michèle Tribalat soutient que les décomptes fondés sur la nationalité ou sur les seuls immigrés sous-estiment la population d'origine étrangère. Ses estimations, à partir de données de 2011, sont de 19,2 % de la France métropolitaine sur deux générations et près de 30 % des moins de 60 ans sur trois générations. Elle juge aussi les projections démographiques très peu fiables (Espace Populations Sociétés ; Sud Radio). Ces chiffres ont été lus dans un résumé et ne sont pas vérifiés dans l'article ; aucun chiffre de sa part pour 2050 n'a été trouvé.
- L'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID, groupe de réflexion) présente la thèse du remplacement en deux volets. Il estime que les flux et les écarts de fécondité soutiennent le volet quantitatif (OID). Aucune projection chiffrée de l'OID n'a été trouvée.
- Jean-Paul Gourévitch a publié un livre sur la question, ainsi que des estimations du nombre de migrants en situation irrégulière et des coûts (Critiques libres). La Fondation Jean-Jaurès reproche à son étude des coûts de reposer sur des estimations plutôt que sur des dépenses officielles (Fondation Jean-Jaurès). Ses propres projections démographiques n'ont pas été retrouvées.
Points d'accord et de désaccord
Le stock actuel n'est pas contesté : les immigrés représentent environ 11–12 % de la population et les descendants environ 12 % (Insee). Le désaccord porte sur les définitions (un Français d'origine immigrée compte-t-il ?), sur l'avenir (l'hypothèse de +70 000 de l'Insee face aux +176 000 estimés pour 2025) et sur la pertinence de l'origine comme catégorie.
Le débat a aussi gagné les institutions qui produisent les données. Un article du Figaro de juin 2026 a critiqué l'Ined et François Héran, et Héran a répondu en juillet 2026 (La Grande Conversation). Cette controverse est en cours et n'est pas tranchée.
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